lundi 12 décembre 2011

Un petit texte

Un petit texte que j'ai prévu de mettre à l'intérieur du livre :

J'ai toujours aimé l'enchevêtrement de petits riens qui fabriquent les histoires.
Ici et là, viennent se glisser involontairement toutes ces choses
qui débordent de nos vies personnelles...

La toute première idée d'Une nuit à Rome est sans doute apparue le jour de mes 40 ans. Plus exactement
le lendemain, je venais de me voir offrir un voyage à Rome, et - en bon
imbécile que je suis - je m'étais empressé de refuser le cadeau. Une sorte de
prédisposition à être très con, parfois ; j'ai passé 40 ans à détester
voyager, à refuser tout ce qui de près ou de loin pouvait m'éloigner de ma table à dessin ou de mon
ordinateur de travail, repoussait l'avancée de mes projets en cours, bref m'ôtait
 le nez du guidon...
Un peu de temps passe, un ou deux ans, et je plie, allez pourquoi pas finalement, je me
retrouve à Rome. C'est bien connu, les femmes savent y faire en matière d''argument. Rome,
donc. Découverte.
Je me doutais bien qu'il ne faut jamais commencer à voyager. Non seulement on court le risque d' y
prend goût - pas manqué - mais on revient chamboulé de toutes ces vies
possibles, toutes ces rues, ces lumières, ces gens. Il y a quelque chose
de douloureux à entrevoir une vie qu'on n'aura jamais, à se projeter,
s'imaginer, et retourner sagement à la sienne...

En rentrant j'attaque des pages. Pas de scénario. Pas grave. Envie de faire
des pages. Tout de suite. Tester une méthode de travail, dessiner
différemment. Je fais des photos de mon ami
Rémy pour me caler sur ses traits, Delphine cherche à la couleur, je note des bouts de dialogues, j'imagine des personnages. Un anniversaire en point de départ...
Je cherche, je tâtonne. Je vole telles choses d'un copain, telle confidence d'un
autre, telle pensée qui me traverse... Je prend du
temps à tordre tout ça, ça ne vient pas facilement, ici notre chaton Marie-
Antoinette, ici le décor d'un salon, ici une silhouette inspirée de cette
silhouette presque italienne avec qui je vis, là l'épée
laser de ce vieux pote Benoit, et un clin d'oeil à Hubert, un autre à
Arnaud... Toute ma ménagerie...

Les premiers scénarios ne tiennent pas debout. Je fais lire, je vois bien
que ça cloche. Je ne trouve pas. J'épuise mon entourage à faire lire. Ça traine plusieurs mois. C'est particulièrement
imbécile d'avoir des pages sans scénario. Je me mens un moment, me disant que
l'aspect graphique sera le plus important, allez, ce sera une bd d'ambiance... mais non ; je les sens mes
personnages, je les vois, il n'empêche, il manque le principal. Alors je cherche dans
mes notes, mes pistes de scénario oubliées, je note toujours des tas de
début, je suis le spécialiste des débuts, je fouille, j'ai bien un début quelque part...
Et là, tiens oui, je retrouve une petite idée en quelques lignes et dont je n'ai jamais rien fait ; un début de
scénario où un homme fête ses 40 ans en tête à tête
avec sa femme, et où de la rue, une inconnue, séduisante, forcément
séduisante, jette des cailloux contre les carreaux de leur appartement.
L'inconnue sonne, insiste. Forcé, l'homme ouvre, laisse entrer l'inconnue séduisante.
C'est une ex d'il y a longtemps, d'il y a tellement
longtemps que ça ne compte plus, une ex qui tient à la main une VHS. Drôle d'idée. Elle glisse la
VHS dans un magnétoscope et regarde, avec l'homme et la femme, la promesse
qu'ils s'étaient faite il y a 20 ans : passer ensemble la nuit de leur 40
ans.

J'avais noté ce début sans savoir quoi en faire. Mais se confronter à l'idée qu'on
avait de soi-même à l'âge de 20 ans m'intéresse. Oui c'est exactement ça,
ce n'est pas tant le rendez-vous avec l'autre qui importe ici, que le
rendez-vous avec soi-même, avec nos rêves d'avant. Ça m'a sauté aux yeux comme étant la pièce manquante.
Et du coup, ce petit fil, je l'ai tordu un peu dans tous les sens, j'ai
emboité cette pièce dans le puzzle un peu foutraque de ce scénario bancal,
et blam. Ça a pris sa forme. 

J'avais envie de parler de
l'âge, des différentes façons d'être fidèle, de la tentation. De la
dépendance. Des rêves mis de côtés. Et des filles qui sont là, tout près, celles qui nous font du bien, et
des filles plus toxiques, vénéneuses, celles qui nous attirent, irrémédiablement, vers les
emmerdements...

Un éditeur a été touché par l'histoire, et sa façon de m'en parler, son
enthousiasme m'a porté. Merci Hervé, merci Olivier. Une belle rencontre.

Et puis forcément, une fois qu'on a mis le doigt dans l'engrenage... Depuis
 je retourne à Rome régulièrement, je me suis même mis au voyage, je veux dire, d'autres villes, d'autres
pays, ça y est, contaminé, et à chaque fois j'en reviens avec des envies de scénario, des notes, d'autres vies possibles que j'aurai jamais. Donc d'autres vies à écrire. Les scénarios de prochaines histoires.
Je le craignais. Il ne faut jamais commencer à voyager...

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